Votre BMW ne pollue pas que l'atmosphère, et Henri Ford a joué sur tous les tableaux, fabriquant aux USA des chars pour les alliés et en Europe des véhicules pour les nazis.
Petits exemples d'entreprises passées au travers et continuant de prospérer aujourd'hui...
BMW / Piles VARTA
Bayerische Motoren Werke AG a été fondée en 1916 par Gustav Otto et Karl Friedrich Rapp.
Fabriquant des moteurs d'avions jusqu'à la Première Guerre Mondiale, l'entreprise a du changer ses activités après la défaite de l'Allemagne : le traité de Versailles change la donne en limitant strictement son réarmement. Elle n'a plus droit aux chars, à l'artillerie et à l'aviation militaire.
Durant la seconde guerre mondiale, BMW a eu amplement recours au travail forcé. L'entreprise admet avoir utilisé entre 25 000 et 30 000 prisonniers dont le salaire était reversé au trésor SS.
Liée à BMW, la famille Quandt, l'une des plus riches d'Allemagne, a bien profité de l'arrivée des nazis au pouvoir. Actionnaires majoritaires de BMW, ils étaient déjà richissimes avant la seconde guerre mondiale. En profitant du conflit, ils se sont enrichis davantage en passèrent sans encombre au travers de la vague de dénazification d'après-guerre.
Avec la guerre de 1870, Emil Quandt était déjà un riche industriel du textile et fabriquait les uniformes de l'armée Allemande. Son fils Günther a également profité de la Première Guerre Mondiale. Opportunisme financier, disons.
Mais en s'inscrivant au parti Nazi fraîchement arrivé au pouvoir, Günther accéléra la démarche et pu mettre la main sur les biens des familles juives en fuite. Son ex femme Magda se maria même avec Goebbels, Ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande, lequel ne refusera jamais aucune aide à Günther et surtout à son fils qu'il adopta.
Günther fut promu au rang de conseiller économique du Führer et sa principale usine d'armement eu même son propre camp de concentration.
Photo : D. R.
Lors de l'effondrement de l'Allemagne Nazie, les Quandt se firent passer pour des victimes ruinées par le nazisme et obtinrent l'immunité, échappant ainsi à Nuremberg.Ils reprirent BMW juste après la guerre au travers de Herbert Quandt, étant déjà actionnaires majoritaires. La famille possède encore la marque aujourd'hui.
Jusqu'en 2000, ils étaient également propriétaires des piles VARTA.
Hugo Boss
Fondée en 1923 par Hugo Ferdinand Boss, la marque de prêt à porter est devenue l'une des plus célèbres à travers le monde.
En janvier 1924, Boss possède un petit atelier de confection à Wurtemberg. L'atelier compte 33 employés en 1925, mais traverse deux crises économiques (dont celle de 1929), qui font tomber les effectifs à 25 personnes.
En 1931, Hugo Boss adhère au parti NSDAP (ancien parti nazi), ce qui lui permet de travailler avec l'armée nazi de 1933 à 1945 : fabrication des uniformes militaires, notamment ceux des SS, des Jeunesses Hitlériennes et de la Wehrmacht.
Pour assurer sa production, il a recours à de la main d'œuvre de travailleurs forcés, français et polonais pour la plupart, ainsi qu'à des déportés en camps de concentration. L'entreprise de Hugo F. Boss compte 324 ouvriers en 1944.
Après la guerre, Boss est condamné à 80 000 marks d'amende et privé de ses droits civiques. A sa mort en 1948, la société passe aux mains de son gendre, Eugen Holy.
Elle appartient toujours à la famille Holy.
IG FARBEN (Bayer, Agfa, BASF, etc...)
Créée en 1925, IG Farben a plus que collaboré avec le régime nazi : elle en a été l'un des piliers économiques. Cette entreprise tentaculaire base son industrie entière sur le chimique : essences synthétiques, médicaments, colorants, plastiques, caoutchouc, etc...
En 1939, l'entreprise profite de l'annexion de l'Autriche pour acquérir la totalité de son industrie chimique. Elle fera ainsi à chaque annexion de pays par l'Allemagne nazie : l'exemple pour la France est la création de la société Francolor. A Auschwitz, elle construit une usine et emploie du personnel déporté.
Au travers de sa société Desgesh, elle va être amenée à fabriquer le Zyklon B, le fameux gaz utilisé dans les camps de concentration pour accomplir la Solution Finale décidée par le régime nazi.
En 1947, à Nuremberg, certains de ses dirigeants sont reconnus coupables de crimes de guerre. L'entreprise est démantelée en 12 sociétés héritières, dont AGFA (voir ci-dessous), BASF, Bayer, etc...
Une controverse existe, relative à l'implication de Wall Street dans la direction de l'entreprise : plusieurs hommes d'affaires américains, dont Edsel Ford, Henry Ford, Walter Teagle, C.E. Mitchell, Paul Warburg et W.E. Weiss, ont joué un rôle essentiel dans le développement d'IG Farben.
Aujourd'hui, Bayer se porte merveilleusement bien et outre les produits chimiques (insecticides, etc...), le pharmaceutique, l'entreprise est devenue également le premier producteur d'OGM en Europe.
Son slogan est même ironiquement "Maîtriser la vie, vivre pleinement l'amour" pour sa partie pharmaceutique.
AGFA
Fondée en 1867, l'entreprise a damé le point à son opposant américain, Kodak, en inventant dès 1936 la pellicule couleur.
Pour réaliser sa chimie, AGFA s'appuie sur les géants allemands, Bayer et IG Farben. Ces firmes très attachées au régime nazi en place fabriquent notamment le Zyklon B, utilisé dans les chambres à gaz des camps de concentration allemands.
IG Farben va prendre, pendant près d'une dizaine d'années, le contrôle d'AGFA : recourt à la main d'œuvre gratuite et forcée à partir des déportés du camp de Dachau, pour produire appareils photos, pellicules, talonnettes de bottes (à partir des chutes de celluloïd).
Ce passage noir dans l'histoire de l'entreprise ne l'empêchera pas de reprendre une activité normale (et lucrative) après guerre, notamment en imagerie médicale et artistique.
Ford
Avec le livre "The International Jew" (1920), Henri Ford a donné une formidable tribune à son antisémitisme le plus violent. Une phrase dans un texte dédié à la salutaire « réaction de l’Allemagne contre le Juif » illustre les idées de l'industriel, souhaitant une « hygiène politique », parce que « la principale source de la maladie du corps national allemand (...), c’est l’influence des Juifs ». Dans plusieurs autres passages, les juifs sont présentés comme un « germe » qui doit faire l’objet d’un « nettoyage ».
Adolf Hitler et son gouvernement reprendront ces mêmes mots, cette même orientation. Ils appliqueront les fantasmes de Ford.
Etant avant tout industriel, donc commerçant, Ford se consacre à l'effort de guerre. Cela lui confère l'image d'un patriote modèle.
Sur le sol américain, il construit des bombardiers, des jeeps, des moteurs d'avions, des chars de combat pour le compte des alliés.
Les usines en Union Soviétique produisent un très grand nombre de camions et autres véhicules pour le compte de l'armée rouge.
Toujours à l'affut d'un contrat et d'une rentrée d'argent (qui n'a ni odeur ni couleur), Ford fait également construire dans son usine allemande (Fordwerke) et Française (à Poissy) un très grand nombre de véhicules militaires pour… l'armée Nazie !
Les GIs américains qui se battaient en Europe contre les troupes d’Hitler eurent la surprise de découvrir que les militaires allemands conduisaient des camions Ford. S’ils avaient porté leurs regards vers le ciel, ils auraient pu voir voler les avions nazis construits par Opel, une filiale de General Motors (GM). En 1939, les filières allemandes de General Motors et Ford approvisionnaient 70% du marché allemand de voitures.
Le passé nazi et antisémite de Henri Ford a été occulté dans beaucoup de ses biographies. Il est vrai qu'Henri Ford incarne un tel modèle de réussite industrielle que certains préfèrent masquer les aspérités les plus grossières d'un homme qui restera un des « inventeurs » de l'antisémitisme américain.
En conclusion
Je n'ai pas la prétention d'avoir écrit un article journalistique parfait. Je vois plus ce billet comme un rassemblement de mes connaissances dans ce domaine, une sorte de liste des entreprises s'étant enrichies pendant une période sombre de notre histoire et étant passée au travers de la justice. Certains passages sont repris de site tels que Wikipedia ou des journaux traitants de ces sujets.
Il est appelé à évoluer, à être réécrit et plus détaillé, documenté. Disons qu'il s'agit d'un premier jet.
Depuis pas mal d'années, je m'intéresse aux connexions entre certaines entreprises et le régime nazi.
Je n'ai pas parlé des cas connus comme Volkswagen, créé par Hitler pour rendre accessible la voiture au peuple, ou Renault, ouvertement collaborateur pendant la guerre. Ces cas là n'avaient pas leur place dans cette article puisque la justice a réglé le problème (Louis Renault est mort avant son procès mais l'entreprise a été nationalisé à la Libération).
Je n'ai également pas parlé des connexions entre banques (suisses et américaines) et le IIIe reich allemand. Je ne m'y connais pas assez dans ce domaine et manque également de documentation. Néanmoins, je sais qu'il y a de quoi faire un article, voire même un livre !
Si vous avez d'autres exemples en tête, documentés et certifiés, n'hésitez pas à les proposer dans les commentaires ci-dessous.
Merci pour la lecture.











